Traiter l’arythmie à l’autre bout du monde

11 août 2015

En mars de cette année, après avoir bénéficié d’une bourse de recherche de deux ans au Canada, Roshan Raut, M.D., a rejoint son pays natal, le Népal. Il venait de devenir le troisième médecin de l’histoire de ce pays formé en électrophysiologie cardiaque et le tout premier formé aux techniques d’ablation complexes. Il était impatient de se mettre au travail pour élargir l’offre de soins pour les Népalais souffrant d’arythmie. Puis, le 25 avril, alors qu’il payait sa chambre d’hôtel à Katmandou avec sa femme et ses deux jeunes enfants, un séisme de magnitude 7,8 a frappé le pays. Ce séisme et les dommages qu’il a causés ont fait les grands titres dans le monde entier pendant des semaines.









« Ç’a été l’une des expériences les plus terrifiantes de ma vie, dit-il. Mes enfants n’étaient même pas assez grands pour connaître le mot séisme. » Il était incapable de leur expliquer ce qui se passait tandis qu’ils se mettaient à l’abri sous le cadre de porte le plus près dans l’entrée de l’hôtel. Quand la terre a cessé de trembler, le Dr Raut s’est précipité dehors pour découvrir qu’un quart de l’hôtel s’était écroulé, y compris les escaliers menant à la chambre qu’ils avaient quittée quelques minutes auparavant.

Les mois qui ont suivi ont été fort différents de ce qu’il avait imaginé. L’hôpital où il officie a dû trouver le juste équilibre pour traiter les victimes du séisme tout en poursuivant les plans de construction du tout premier centre d’électrophysiologie. Pourtant, en dépit des nombreux défis, le Dr Raut a déjà traité un cas d’arythmie au moyen d’une technique d’ablation par cathéter encore jamais utilisée au Népal.

Un centre, trente millions de personnes

De retour chez lui en tant qu’électrophysiologue le plus qualifié du pays, le Dr Raut a ramené un bagage de connaissances incroyable de son passage à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa. C’est un collègue anesthésiste, formé à l’Institut de cardiologie, qui lui avait parlé du programme.

« Nous ne faisons pas beaucoup de promotion pour notre programme de bourses de recherche, mais nous avons une renommée internationale », explique David Birnie, M.D., directeur du Service d’arythmie à l’Institut de cardiologie. « C’est par le bouche-à-oreille que plusieurs de nos boursiers en entendent parler. » C’est le chemin qu’a suivi le Dr Raut jusqu’à Ottawa, mais la route a été longue.

Faisant partie des meilleurs à l’école secondaire, il a décidé de faire sa médecine afin d’aider à combler les lacunes en matière de soins dans son pays. Mais il s’est heurté à des complications quand son école de médecine au Népal a fermé ses portes. Il a fini par obtenir une place – et une bourse d’étude complète – dans une université en Chine.

Le problème, c’est qu’il a dû suivre des cours de chinois pendant toute une année avant même de commencer ses études de médecine. « Au début, lire une page prenait deux heures », se rappelle le Dr Raut. Il a toutefois réussi à apprendre la langue rapidement, et il a pu obtenir son diplôme de médecine en Chine. En 2004, il est retourné au Népal à titre de cardiologue au Sahid Gangalal National Heart Centre, à Katmandou.

Il a été peu exposé à l’électrophysiologie, mais le centre national de cardiologie tentait activement de bâtir un programme d’électrophysiologie — le premier au Népal. La formation offerte par des médecins visiteurs des États-Unis et de l’Inde a permis aux cardiologues de ce centre de commencer à traiter les arythmies à l’aide de techniques d’ablation de base.

Mais, c’était le seul centre à pratiquer des interventions d’électrophysiologie pour une population presque aussi importante que celle du Canada, et les interventions chirurgicales complexes, comme celles qui permettent de traiter la tachycardie ventriculaire ou la fibrillation auriculaire (flutter), dépassaient l’expertise technique du centre.

« Puisque nous étions le seul centre au Népal, nous avons pensé qu’il était de notre devoir d’améliorer les services d’électrophysiologie au pays », rapporte le Dr Raut.

Rapatrier l’expertise

Sa bourse de recherche est tombée à point. Il a bénéficié d’une formation intensive de deux ans à l’Institut de cardiologie, notamment sur les ablations complexes, les stimulateurs cardiaques, les défibrillateurs automatiques implantables et le traitement de resynchronisation cardiaque. Il est également devenu le premier cardiologue au monde à recevoir une nouvelle certification en électrophysiologie, accordée par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. (Voir l’encadré intitulé « Guider l’élaboration de normes nationales ».)









Dans le laboratoire d’électrophysiologie du Sahid Gangalal National Heart Centre à Katmandou, le Dr Roshan Raut et son équipe pratiquent une ablation cardiaque.

Depuis son retour au Népal, le Dr Raut a bâti une équipe de professionnels pour réaliser des ablations complexes, et en juin il a pratiqué la toute première ablation de tachycardie ventriculaire au Népal. Fait remarquable, l’équipe a pratiqué l’intervention sans l’aide du logiciel de cartographie 3D standard communément utilisé dans les autres laboratoires. L’équipe espère voir ce système en place au cours de la prochaine année.

« J’espère que nous pourrons réaliser toutes sortes d’ablations complexes, dit le Dr Raut. Et dès que nous aurons un service d’électrophysiologie officiel, nous enseignerons les techniques à d’autres médecins pour que nous ne soyons plus le seul centre à desservir 30 millions de personnes. »

Sous la gouverne de Martin Green, M.D., directeur du programme de bourses de recherche en électrophysiologie, l’Institut de cardiologie entretient des relations d’enseignement avec d’anciens étudiants de différents pays comme l’Inde et l’Afrique du Sud. Le Dr Raut espère pouvoir établir des programmes de formation similaires au Népal.

« À l’Institut de cardiologie, nous œuvrons autour de trois piliers fondamentaux : les soins aux patients, l’enseignement et la recherche », explique le Dr Birnie. « C’est une priorité pour notre groupe de former des gens de l’étranger. Nous sommes profondément convaincus que cela fait partie de notre mission universitaire. »

Souvent, la relation entre les formateurs et les stagiaires se poursuit bien après que les boursiers sont rentrés dans leur pays. « Nous sommes ravis de recevoir des courriels d’eux au sujet de leurs patients, et plusieurs correspondent encore avec nous après cinq ans, dix ans, voire plus, souligne le Dr Birnie. C’est une relation à vie. »

Malgré les dommages causés par le séisme au Népal, le Dr Raut est optimiste face à l’avenir, tant pour le programme d’électrophysiologie en développement que pour son pays en général. « Depuis le séisme, j’ai l’impression que les gens sont plus enclins à coopérer entre eux, plus aidants et plus unis, dit-il. Ce virage sera utile pour notre avenir. »

Guider l’élaboration de normes nationales








Le Dr Roshan Raut (à gauche) à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa pendant sa formation en électrophysiologie, ici avec le Dr Martin Green, directeur du programme de bourses de recherche.

Le Dr Martin Green dirige le programme de formation en électrophysiologie de l’Institut de cardiologie depuis plus de 20 ans. Au fil des années, il a vu son champ d’expertise évoluer grandement en fait de complexité et de portée. Avec le temps, il est devenu de plus en plus convaincu que des normes de formation nationales étaient nécessaires pour assurer un niveau d’excellence constant en enseignement et en pratique.

 

« Que faut-il vraiment pour former un cardiologue-électrophysiologue et s’assurer qu’à défaut d’uniformité, l’excellence est présente dans tous les établissements du pays? », se sont demandé le Dr Green et ses collègues. Au moment où ils commençaient à rédiger un document sur ces enjeux, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada choisissait l’électrophysiologie comme deuxième discipline de formation postdoctorale désignée domaine de compétence ciblée (DCC).

« Il s’agit d’une nouvelle catégorie pour laquelle le Collège Royal reconnaît une formation appropriée et crée des normes de formation en la matière », explique le Dr Green.

Il est devenu président du comité national chargé de créer des normes selon lesquelles les programmes universitaires de formation en électrophysiologie seraient agréés par le Collège Royal. Ces normes ont été finalisées en 2012 et, à ce jour, deux établissements ont terminé l’exigeant processus : l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa et l’Université Western, à London, Ontario. Les boursiers qui terminent leur formation dans l’un ou l’autre de ces établissements peuvent maintenant soumettre des dossiers de cas au Collège Royal à des fins d’évaluation. En cas de réussite, les boursiers reçoivent un diplôme de DCC en électrophysiologie.

« C’est le début du processus de “compétence par conception” », explique le Dr Green, selon lequel l’expertise est assurée partout au pays grâce à une conception du processus de formation bien inspirée. « Et nous sommes à l’avant-garde. »

Le boursier de l’Institut de cardiologie, le Dr Raut, a été le premier médecin agréé par le programme de domaines de compétence ciblée en électrophysiologie.