Le Dr Martin Green : 40 ans à faire progresser l’électrophysiologie

17 décembre 2025
Martin Green, M.D.
Il revient sur l’évolution de l’électrophysiologie, la Clinique d’arythmie de l’Institut de cardiologie et l’avenir d’une spécialité qu’il a aidé à développer.

Quand Martin Green, M.D., est arrivé comme stagiaire à l’Institut de cardiologie d’Ottawa en 1978, il était loin de se douter qu’il y passerait quatre décennies à développer un tout nouveau domaine.

L’électrophysiologie (EP) — le diagnostic et le traitement des problèmes du rythme cardiaque, aujourd’hui une pierre angulaire des soins cardiaques — en était à ses balbutiements. Il n’y avait pas de systèmes de cardiographie, pas de cathéters d’ablation, pas de défibrillateurs implantables. Il y avait surtout de la curiosité, ce dont Martin Green, heureusement, ne manquait pas.

Chez les Green, les deux parents étaient médecins, mais Martin lui-même se destinait à une carrière en mathématiques ou en physique. « Je me suis retrouvé en médecine par hasard, mais j’y étais à ma place », dit-il.

Et son choix de la cardiologie et des troubles du rythme cardiaque? « Je n’ai rien planifié, dit-il. On m’a ouvert une porte et je suis entré. »

Un domaine qui prend forme

C’est le chef de la cardiologie de l’époque, le Dr Donald S. Beanlands, qui lui a ouvert cette porte en lui demandant d’aller apprendre l’électrophysiologie à l’étranger pour pouvoir ensuite la pratiquer à l’Institut. À l’époque, la discipline n’était pas pratiquée à Ottawa et commençait tout juste à émerger au Canada. Il était évident, toutefois, qu’elle prendrait rapidement de l’ampleur,

Le Dr Green s’est rendu aux Pays-Bas, où il a appris aux côtés de pionniers comme le Dr Hein J.J. Wellens, dont les recherches ont jeté les bases des techniques modernes de cartographie cardiaque et de stimulation programmée.

« C’était merveilleux, se souvient le Dr Green. Je me trouvais dans un des plus prestigieux centres du monde, à apprendre aux côtés de grands esprits. » Cet amoureux de la science, de l’enseignement et du voyage ne pouvait demander mieux.

À son retour à Ottawa en 1983, le Dr Green a commencé à bâtir ce qui deviendrait la Clinique d’arythmie de l’Institut de cardiologie. « Je n’avais pas encore de vision claire, dit-il, mais je savais que les troubles du rythme cardiaque étaient un vrai problème et qu’il nous fallait une équipe qui se consacrerait à les comprendre. »

Au cours des quatre décennies suivantes, la discipline s’est transformée.

Au départ, le seul traitement efficace pour de nombreux types d’arythmie (troubles du rythme cardiaque) était une opération à cœur ouvert.

Puis vint la révolution sous forme d’énergie délivrée par cathéter. Soudainement, plus besoin d’opérer : les arythmies pouvaient être corrigées en passant par une veine. Le patient pouvait souvent rentrer chez lui la journée même. « Ce fut un tournant majeur, se rappelle le Dr Green. Ça a tout changé. »

Les dispositifs cardiaques — des défibrillateurs automatiques implantables capables de détecter et freiner de dangereuses arythmies ventriculaires — ont eu tôt fait de suivre. Des affections jusque-là considérées fatales étaient maintenant traitables. « Quarante ans, ça peut sembler long, dit le Dr Green, mais médicalement parlant, l’évolution a été très rapide. »

Un legs marquant

Toutes ces avancées, insiste le Dr Green, ne sont pas le fait d’une seule personne. Le recrutement du Dr Anthony Tang a marqué un tournant et eu pour effet de doubler les effectifs de la jeune clinique, qui est passée d’un médecin… à deux.

De là, l’équipe a continué de grandir. Aujourd’hui, l’Institut de cardiologie compte 12 électrophysiologistes qui se consacrent exclusivement aux troubles du rythme cardiaque. « À elle seule, cette croissance montre à quel point le domaine a progressé », dit le Dr Green.

C’est peut-être en tant qu’enseignant que ce dernier a exercé l’influence la plus durable. Pendant 30 ans, le Dr George J. Klein, de London (Ontario), et lui ont animé un cours national d’électrophysiologie destiné aux fellows de tout le Canada, dont beaucoup sont aujourd’hui des grands noms du domaine. « Des fois, des collègues viennent me voir pour me dire qu’ils ont suivi le cours il y a 20 ou 30 ans », raconte le Dr Green. « Ça me touche beaucoup et me fait chaud au cœur. »

Il parle avec le même enthousiasme de l’avenir de l’électrophysiologie. Il pense que la fibrillation ventriculaire, l’anomalie du rythme cardiaque qui provoque une mort cardiaque subite et instantanée, sera un jour comprise et traitée à l’aide de cathéters. Il s’attend aussi à voir émerger une toute nouvelle frontière thérapeutique à mesure que progresse la compréhension des fondements moléculaires et génétiques des arythmies.

Pour l’instant, cependant, le Dr Green est confronté à une autre forme d’inconnu : la retraite. Après des décennies de journées de 9 à 12 heures, cette perspective n’apporte pas autant de soulagement qu’on pourrait le penser. « Mon travail me manque déjà », dit-il.

S’il a du mal à décrire son legs dans toute son ampleur, c’est peut-être parce que le domaine qu’il a aidé à bâtir dépasse l’importance d’une seule personne. Toutefois, si l’on interroge le personnel de l’Institut de cardiologie, l’impact du Dr Green est évident : une clinique d’arythmie en plein essor, des générations de cliniciens formés grâce à lui et d’innombrables patients dont la vie a été sauvée grâce aux innovations qu’il a contribué à introduire à Ottawa.

Le Dr Green qualifie l’électrophysiologie de « domaine éternel », qui continuera d’évoluer longtemps après qu’il aura rangé ses cathéters. Une chose est sûre : l’histoire de l’électrophysiologie à l’Institut de cardiologie d’Ottawa en est une dont il fera toujours partie.

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