50 ans de cœur : la culture qui a façonné l’Institut de cardiologie

29 janvier 2026
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De ses modestes débuts dans des locaux empruntés, l’Institut de cardiologie d’Ottawa est passé d’une idée audacieuse à un centre de renommée mondiale porté par une équipe, une mission et des convictions.

En 2026, l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa célèbre son 50e anniversaire. Nous célébrons non seulement un demi-siècle d’avancées médicales, mais aussi les personnes, les idées et la détermination qui ont permis de bâtir de zéro un des centres de cardiologie les plus importants et les plus réputés du Canada.

Notre institut a connu des débuts modestes : de petites équipes travaillant de longues heures dans des locaux empruntés et des bureaux improvisés, avec des ressources limitées. Toutefois, dès le début, ses fondateurs avaient des atouts complémentaires et une vision commune.

Inauguration de l’Institut de cardiologie d’Ottawa en mai 1976.
Inauguration de l’Institut de cardiologie d’Ottawa en mai 1976.

Le Dr Wilbert J. Keon, pionnier de la chirurgie cardiaque, était convaincu qu'Ottawa pouvait établir une nouvelle norme en matière de soins cardiaques, alliant soins exceptionnels, recherches transformatrices et formation des générations futures. Avec à ses côtés le Dr Donald S. Beanlands, figure emblématique de la cardiologie canadienne, ils se sont lancés dans l’aventure.

Le but ultime n’a jamais été d’inaugurer un bâtiment, mais bien de réaliser une vision à l’épreuve du temps.

Des débuts modestes

Le Dr Wilbert Keon.
Le Dr Wilbert Keon rêvait d’un institut qui offrirait des soins cardiaques de la plus haute qualité à Ottawa et ailleurs au Canada.

Au début des années 1980, l’Institut ne comptait que six cardiologues à temps plein, dont le Dr Lyall Higginson. Pour ce dernier, c’était l’époque de tous les possibles.

Le Dr Higginson se souvient d’avoir marché devant les montants de ce qui allait un jour devenir l’Unité de soins coronariens (aujourd’hui l’Unité de soins intensifs en cardiologie). Il se souvient aussi des émanations qui se dégageaient du stationnement fraîchement asphalté pour s’infiltrer dans les laboratoires de cathétérisme au sous-sol.

Même si tout était à faire, la vision d’un institut de cardiologie de calibre mondial semblait à portée de main : « Il n’y avait aucune limite à ce que nous pensions pouvoir accomplir, tant que nous étions prêts à travailler pour y parvenir », dit le Dr Higginson.

Quelques années plus tard, en 1980, ce même sentiment de possibilité a attiré le Dr Ross A. Davies à l’Institut pour y lancer un programme de cardiologie nucléaire. À l’époque, il n’y avait même pas assez de place pour accueillir l’équipement d’imagerie nécessaire, un détail qui n’a pas arrêté le jeune trentenaire fraîchement diplômé de Yale. Pour un institut encore à ses débuts, c’était un projet de taille.

Dr. Donald S. Beanlands
Le Dr Donald S. Beanlands a cofondé l’Institut de cardiologie aux côtés du Dr Keon. Le Dr Beanlands a présidé à un âge d’or de croissance dans les soins cliniques et la formation, alors que l’Institut prenait son envol.

« À mon arrivée, l’Institut de cardiologie était riche en idées, mais pas tellement en infrastructures, se souvient le Dr Davies. Le bureau du Dr Don Beanlands se trouvait dans une ancienne aile de l’Hôpital d’Ottawa pour les anciens combattants. Je me souviens qu’il fumait la pipe. Dans ce temps-là, c’était permis! »

Les choses ont bien changé depuis, notamment en raison d’une meilleure compréhension des risques cardiovasculaires et de l’importance de la prévention. Cette évolution a été guidée en grande partie par le Dr Bill Dafoe, qui a dirigé le programme de prévention et de réadaptation de l’Institut de 1982 à 2003, et par le Dr Andrew Pipe, aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands experts mondiaux du sevrage tabagique. Les travaux du Dr Pipe ont d’ailleurs mené à la création du Modèle d’Ottawa pour l’abandon du tabac, aujourd’hui utilisé partout dans le monde.

Le bureau du Dr Davies était des plus rudimentaire. « Il n’y avait ni bureau ni laboratoire, se souvient-il. Juste un téléphone par terre. »

Le Dr Davies a travaillé en étroite collaboration avec des architectes et des collègues pour concevoir les laboratoires de cardiologie nucléaire et les salles d’épreuves d’effort du nouveau bâtiment, au-dessus des laboratoires de cathétérisme. Il a également supervisé l’achat de la première caméra dédiée à la cardiologie nucléaire de l’Institut. Sous sa direction, le programme de cardiologie nucléaire est devenu l’un des meilleurs et des plus actifs au Canada.

Pour Heather Sherrard, arrivée à l’Institut en 1988 en tant que coordonnatrice des soins infirmiers, les débuts ont été marqués par une ingéniosité constante. À mesure que les soins de santé évoluaient, l’Institut évoluait lui aussi et s’agrandissait, dit-elle, « comme un labyrinthe ». Les unités de jour ont été aménagées à partir des salles de pause du personnel, tandis que les laboratoires d’électrophysiologie ont été casés au premier étage.

Heather Sherrard vers 2011-2012.
Heather Sherrard vers 2011-2012, alors vice-présidente des services cliniques à l’Institut.

« Chaque nouveau programme était soigneusement planifié, explique-t-elle. Il n’y a jamais eu de projet amorcé uniquement pour la gloire. Tout était axé sur le bien-être des patients. »

Au fil du développement de l’Institut, Heather Sherrard et d’autres leaders des premiers jours ont vu leur rôle évoluer. Heather Sherrard est devenue première vice-présidente et chef des soins infirmiers. À ce titre, elle a aidé à façonner les programmes cliniques et la stratégie organisationnelle de l’Institut, et ce, jusqu’à sa retraite en 2020.

Le travail de ces pionniers et pionnières a donné bien plus que des programmes. Ensemble, ils ont forgé une culture ancrée dans la collaboration, la créativité et la poursuite de l’excellence.

Une ascension propulsée par une culture et une vision

Cette culture, soutient le Dr Higginson, tirait sa source des dirigeants. Les Drs Keon et Beanlands étaient convaincus que la chirurgie, la cardiologie et l’anesthésiologie devaient fonctionner dans le cadre d’une même équipe unie. Les vestiaires communs favorisaient les interactions quotidiennes entre les différentes disciplines. « Je voyais ces collègues tous les jours au vestiaire, explique le Dr Higginson. Dès le début, la camaraderie régnait. »

La confiance était à la base de tout. « Si vous n’étiez pas en phase avec cette culture, explique le Dr Higginson, vous ne faisiez pas long feu. »

L’ambiance était propice à l’innovation. C’est ainsi que le Dr Davies a pu introduire un médicament capable d’augmenter en toute sécurité le flux sanguin vers le cœur afin d’évaluer des patients incapables de faire de l’exercice. Il a aussi travaillé pour que le médicament puisse être administré par des technologues spécialement formés, et non uniquement par des médecins. Ces protocoles ont été rapidement adoptés dans tout l’Ontario et au Canada.

Les Drs Lyall Higginson (à gauche) et Don Beanlands, vers 1980.
Les Drs Lyall Higginson (à gauche) et Don Beanlands, vers 1980.

Des avancées chirurgicales ont suivi. Le Dr Keon a réalisé la première transplantation cardiaque d’Ottawa en 1984, sous la direction médicale du Dr Davies. « Nous avons élaboré le programme de transplantation à partir de zéro, explique ce dernier. Les 11 premières transplantations ont toutes été couronnées de succès, ce qui était sans précédent à l’époque. »

Le Dr Davies se souvient d’une conversation avec le premier patient du programme, qui avait insisté pour subir sa transplantation à Ottawa plutôt que dans des centres plus réputés de Toronto ou de Montréal. Ce choix, dit-il, témoignait clairement de la confiance accordée à l’ambition et à l’expertise du jeune institut, ainsi qu’au leadership du Dr Keon.

Équipe s’occupant d’un patient. On voit le Dr Wilbert J. Keon debout à droite, au pied de la civière.
Équipe s’occupant d’un patient. On voit le Dr Wilbert J. Keon debout à droite, au pied de la civière.

La transplantation fut un succès, même si, dans ces premières années, la logistique n’était pas toujours au point!

Le Dr Davies évoque entre autres la course folle du Dr Andrew Pipe — alors assistant chirurgical — à travers l’hôpital pour livrer à temps un cœur de donneur qu’il avait fallu déposer, faute de mieux, dans une glacière ordinaire. Le précieux organe était destiné au patient qui avait reçu le premier cœur artificiel Jarvik au Canada, opération réalisée par le Dr Keon. « Lorsque le Dr Pipe avait essayé d’entrer dans la salle d’opération, les agents de sécurité avaient refusé de le laisser passer », raconte le Dr Davies. Ces moments stressants dépendaient de la collaboration de toute l’équipe pour surmonter les obstacles imprévus.

« Tout le monde se connaissait, se souvient Heather Sherrard. On pouvait s’exprimer librement pendant les réunions, et en dehors de la salle, on était tous solidaires. »

Sans tambour ni trompette

Au fil des ans, l’Institut a accumulé les marques de reconnaissances, même si ce ne fut jamais l’objectif. En 1991, l’Unité de jour a été inaugurée par la princesse Diana en personne, venue rencontrer les patients et le personnel.

October 29, 1991: It was a Royal day in Ottawa Heart Institute history. Diana, Princess of Wales, extends a warm greeting to Dr. Ross Davies in the Day Unit.
October 29, 1991: It was a Royal day in Ottawa Heart Institute history. Diana, Princess of Wales, extends a warm greeting to Dr. Ross Davies in the Day Unit.

La véritable mesure de l’impact de l’Institut de cardiologie à l’époque était toutefois beaucoup plus discrète qu’une visite royale. Elle se révélait dans les soins quotidiens prodigués aux patients, la formation des futurs cliniciens et une culture qui poussait à tout donner aux patients sans jamais rien attendre en retour.

Page couverture de la revue Maclean's.
En 1987, le programme de transplantation de l’Institut de cardiologie d’Ottawa a fait les manchettes nationales.

En cinq décennies, l’Institut a transformé les soins cardiaques, qu’on pense à l’impact des bêtabloquants, des premiers stimulateurs cardiaques, des tuteurs, de la chirurgie à effraction minimale, de l’ITVA, des tests génétiques ou du télémonitorage. Il a formé des milliers de résidents et de fellows. Il a élargi son bassin de patients pour inclure le nord de l’Ontario, Terre-Neuve-et-Labrador, le Québec et des communautés isolées comme Iqaluit.

Malgré tous ces changements, les piliers sur lesquels l’Institut a été bâti n’ont jamais changé : les soins, la recherche et l’enseignement, et le sentiment que tout est possible quand on travaille main dans la main.

« Ce qui est remarquable, c’est la cohérence de la vision », a déclaré le Dr Rob Beanlands, fils du Dr Donald S. Beanlands et aujourd’hui président-directeur général de l’Institut. « Les outils ont changé, la science a progressé, mais notre engagement envers les patients, la recherche et l’éducation reste le même. Encore aujourd’hui, nous prenons appui sur ce que nos fondateurs croyaient possible. »

L’Institut de cardiologie d’Ottawa célèbre 50 ans de cœur en 2026. Rendez-vous sur la page web du 50e anniversaire pour explorer cette riche histoire et découvrir des témoignages inspirants!

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