Le Canada se trouve à un moment crucial de son histoire.
Nous sommes appelés à revoir notre perception de ce que nous pouvons accomplir ensemble et à trouver de nouveaux moyens de renforcer notre économie et de bâtir des communautés résilientes.
En septembre, dans le cadre de la série de vidéos La ligne de conduite, le premier ministre Mark Carney a été très clair. Quand il s’agit de l’avenir du pays, « le Canada n’est pas dans les gradins. Nous sommes 40 millions sur la glace. »
Cette façon de penser devrait aussi s’appliquer aux soins de santé.
Depuis des générations, le Canada travaille à bâtir un système de santé qui excelle à traiter les malades. Nous pouvons compter sur des hôpitaux de calibre mondial, des soignants hautement qualifiés et des technologies remarquables qui sauvent des vies quand la maladie frappe.
Mais ne serait-il pas utile de travailler davantage en amont?
Ne serait-il pas utile que notre système de santé soit conçu non seulement pour traiter la maladie, mais aussi pour la détecter plus tôt, voire carrément l’éviter par la prévention?
C’est possible en santé cardiovasculaire. En fait, on y travaille déjà.
Les maladies cardiovasculaires sont évitables à 80 % environ. Il est possible d’agir sur la tension artérielle, le taux de cholestérol, le diabète, le tabagisme et plusieurs autres facteurs pour réduire le risque.
La vraie difficulté, c’est que notre système de santé est en grande partie conçu pour traiter la maladie plutôt que pour la prévenir de façon méthodique. Il faut que ça change.
Il y a un an, l’Institut de cardiologie d’Ottawa a lancé l’initiative Un million de cœurs canadiens avec un objectif à la fois simple et ambitieux : dépister les facteurs de risque cardiaque chez un million de personnes au Canada.
À ce jour, avec l’aide de partenaires du milieu de la santé, des milliers de personnes d’une grande diversité de milieux ont participé à l’initiative. Le dépistage a révélé que jusqu’à 25 % (une personne sur quatre) présentaient des facteurs de risque cardiovasculaire non maîtrisés ou encore non détectés.
Ces chiffres sont importants, mais l’approche et les gens qu’ils représentent comptent encore plus.
L’initiative Un million de cœurs canadiens est un laboratoire qui montre ce qui se passe quand on travaille en amont; quand on repère les personnes à risque avant qu’elles n’atterrissent à l’hôpital, qu’on les aiguille vers les soins et les ressources dont elles ont besoin et qu’on utilise les leçons apprises pour améliorer le modèle de soins.
Nous aidons des gens comme Penny, une résidente d’Ottawa de 73 ans. Lors d’une visite à son centre commercial local, alors qu’elle attendait que son mari sorte du salon de coiffure, Penny a remarqué une clinique de dépistage mobile qui acceptait les personnes sans rendez-vous. Après l’avoir évaluée, le personnel de la clinique l’a rapidement aiguillée vers un suivi post-dépistage qui a mené à une opération cardiaque d’urgence pour un anévrisme.
Penny, qui marchait dix kilomètres par jour, n’avait jamais douté de sa santé. Elle n’avait ni symptômes ni antécédents de maladie cardiaque dans sa famille qui auraient pu lui mettre la puce à l’oreille. Aujourd’hui, elle a repris la marche. Elle a aussi envoyé bon nombre de ses amis aux cliniques de dépistage. Beaucoup ont, eux aussi, reçu des résultats anormaux.
En ce moment, l’approche du Canada en matière de prévention du cancer utilise ce modèle. Il consiste à évaluer le risque et à lutter contre le tabagisme, tout en misant sur des programmes organisés pour dépister la maladie et ses signes précurseurs, et ainsi permettre aux professionnels de la santé d’intervenir à temps.
Le Canada possède déjà les centres de recherche, le personnel de santé, les systèmes de santé publique et les organismes communautaires nécessaires pour faire une plus grande place à la prévention cardiovasculaire au sein de son système de santé. Il nous faut maintenant une aspiration commune pour connecter tous les morceaux du casse-tête.
Concrètement, il faut aider les Canadiens et Canadiennes à connaître les chiffres clés pour leur santé. Il faut se déplacer pour faire de la prévention et du dépistage de proximité au lieu d’attendre que les gens consultent parce qu’ils sont malades. Il faut que l’identification d’un facteur de risque entraîne une action concrète : une consultation en soins primaires, la prescription de médicaments si nécessaire, du soutien pour adopter un mode de vie sain, des interventions et un suivi continu.
Alors que les Canadiens et Canadiennes s’interrogent sur la pérennité de leur système de santé, le coût de la prévention ne doit pas être le seul chiffre considéré dans la conversation. Le coût de l’inaction est tout aussi important.
Chaque crise cardiaque évitée signifie une hospitalisation de moins, moins d’interventions, moins de réadaptation et de médicaments, et moins de journées de travail perdues.
Avec un fardeau financier atteignant 21,2 milliards de dollars en coûts directs (soins médicaux) et indirects (pertes de revenus), les maladies cardiovasculaires sont celles qui coûtent le plus cher au Canada. Investir dans la prévention, c’est investir dans la pérennité de notre système de santé et de notre économie, et permettre aux gens de vivre plus longtemps, en meilleure santé.
Le Canada redécouvre ce qu’il peut accomplir lorsqu’il s’unit autour d’un objectif commun. La santé mérite la même aspiration.
Les gouvernements, les systèmes de santé, les soignants et soignantes, les scientifiques, les communautés, les individus : tous ont un rôle à jouer. Nous sommes tous sur la glace.
Dr Rob Beanlands
Président-directeur général, Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa
Bonnie Bowes, inf. aut., M.Sc.inf.
Chef des soins infirmiers, Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa
Dr David Messika-Zeitoun
Directeur médical et scientifique du programme Un million de cœurs canadiens
Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa
Dr Sean Virani
Président, Société cardiovasculaire du Canada
L’Institut de cardiologie d’Ottawa célèbre 50 ans de cœur en 2026. Visitez notre page du 50e anniversaire!
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