En 2026, l’Institut de cardiologie d’Ottawa célébrera son 50e anniversaire en repoussant les limites des soins cardiovasculaires. Vous découvrirez ici comment une vision audacieuse de la chirurgie cardiaque a donné naissance à un institut devenu depuis un chef de file mondial de l’innovation, de la précision et des soins centrés sur le patient.
En cinq décennies, les interventions marathons dépendantes de technologies émergentes ont laissé place à des techniques sophistiquées à effraction minimale. Derrière chaque évolution se profilent des gens – chirurgiens, anesthésistes, cardiologues, infirmières, chercheurs, professionnels paramédicaux et équipes de soutien – dont les compétences, la confiance et l’objectif commun définissent l’Institut de cardiologie depuis le jour un.
Tout a commencé grâce à quelques personnes dévouées, déterminées à dépasser ce qui semblait possible, réunies autour d’un seul objectif : améliorer les soins.
Bâtir les fondations
Le Dr Pierre Bédard se souvient du moment où le Dr Wilbert J. Keon a entrepris la création d’un programme de chirurgie cardiaque à Ottawa, au début des années 1970.
« Nous avions notre propre salle d’opération et notre équipe d’infirmières », explique le Dr Bédard, ancien chirurgien cardiaque à l’Institut de cardiologie d’Ottawa, et l’un des premiers collègues du Dr Keon. « Il y avait deux lits dans une salle de réveil commune et un espace réservé aux soins intensifs à côté de l’unité de soins coronariens. »
À l’époque, les interventions cardiaques à Ottawa n’étaient pas courantes. L’ouverture d’une unité spécialisée au campus Civic de L’Hôpital d’Ottawa a fait grimper le nombre d’opérations à deux ou trois fois par semaine, ce qui était une avancée considérable.
« Le Dr Keon s’est mis en tête de bâtir un institut qui réunirait sous un même toit la chirurgie, la cardiologie, la recherche et la formation, raconte le Dr Bédard. Il n’existait alors aucun autre centre du genre au Canada. Je ne voyais pas tout à fait ce qu’il imaginait… mais il était déterminé. »
Si l’Institut de cardiologie a pu croître rapidement, estime le Dr Bédard, c’est grâce au certain niveau d’indépendance financière que l'établissement a été capable d’acquérir. La direction avait ainsi le jeu nécessaire pour favoriser la croissance continue et à long terme tout en permettant l’évolution rapide des programmes en réponse aux besoins émergents.
À l’époque, les pontages coronariens étaient encore nouveaux, les remplacements de valves comportaient des risques considérables, et les systèmes cœur-poumon étaient beaucoup moins fiables qu’aujourd’hui. Les opérations duraient souvent plus de cinq heures, les complications étaient fréquentes, et les chirurgiens étaient souvent rappelés la nuit.
« J’étais sur appel un soir sur deux », dit le Dr Bédard, qui se souvient d’avoir partagé une salle des travailleurs sur demande avec le Dr Keon. « Les patients devaient parfois retourner en salle d’opération à cause d’une hémorragie. C’était exigeant pour nous et pour nos familles. »
Le Dr Keon a recruté le Dr Donald S. Beanlands en le chargeant de créer un programme de cardiologie étroitement lié à celui de chirurgie. « La chirurgie cardiaque ne peut exister sans la cardiologie, soutient le Dr Bédard. Dès le départ, les deux médecins ont travaillé en étroite collaboration. »
Parallèlement à son travail clinique, l’équipe a également mis en place un programme de formation pour les futurs spécialistes.
« Nous avons formé de nombreux résidents qui se sont ensuite joints à notre équipe ou qui ont travaillé au Canada et ailleurs dans le monde », ajoute le Dr Bédard.
Cette intégration caractérise l’Institut de cardiologie encore aujourd’hui.
Innovation et retombées mondiales
Parmi les personnes qui façonnent la chirurgie cardiaque à Ottawa figure le Dr Marc Ruel, chirurgien cardiaque de renommée mondiale toujours en exercice à l’Institut de cardiologie.
« Au début de ma formation, à la fin des années 1990, le programme était solide sur le plan clinique, mais moins axé sur la recherche », note-t-il.
Le changement s’est amorcé au début des années 2000 sous la direction du Dr Thierry Mesana, qui a succédé au Dr Keon à la direction de la chirurgie cardiaque et qui a été par la suite président-directeur général de 2014 à 2024.
Le Dr Ruel, qui se perfectionnait aux côtés des docteurs Keon et Mesana, s’est alors posé une grande question : comment la chirurgie cardiaque pourrait-elle devenir moins effractive?
« À ce moment-là, il était possible de faire un seul pontage par une petite incision, explique-t-il. Mais pas des pontages multiples dans plusieurs artères. C’est un peu devenu ma quête du Graal. »
Au fil du temps, cet objectif est devenu réalité. Les pontages multiples à effraction minimale, réalisés sans ouverture de la cage thoracique, ont considérablement réduit le temps de récupération et les saignements tout en améliorant les résultats. Cette technique a attiré des équipes internationales à Ottawa, et le Dr Ruel a formé plus de 150 équipes dans le monde entier, notamment aux États-Unis, en France, au Japon et en Inde.
Au début 2026, le Dr Ruel a collaboré avec le service de chirurgie cardiaque adulte et transplantation de l’Hôpital Marie-Lannelongue (du Groupe Hospitalier Paris Saint-Joseph) au Plessis-Robinson, en banlieue de Paris. Ensemble, ils ont réalisé, pour la première fois en France, le premier pontage coronarien multiple assisté par robot, technique mise au point par le Dr Ruel.
Cette intervention permet d’utiliser plusieurs artères pour contourner les blocages, sans arrêt du cœur. L’assistance robotique améliore la précision chirurgicale, ce qui permet d’opérer dans des espaces restreints et de réaliser des pontages multiples complexes par de petites incisions.
Depuis 2018, l’Institut de cardiologie a réalisé plus de 1000 interventions novatrices de pontage à effraction minimale. Le programme jouit désormais d’une reconnaissance internationale en innovation dans le domaine des pontages à effraction minimale, ce qui place le Dr Ruel et l’Institut de cardiologie à l’avant-scène de l’évolution mondiale vers des interventions cardiaques moins effractives.
Nos équipes au cœur de la réussite
Malgré les progrès technologiques, un principe demeure : la chirurgie cardiaque est un travail d’équipe.
« Il est impossible de faire de la chirurgie cardiaque tout seul, soutient le Dr Ruel. Même l’opération la plus simple nécessite une équipe pleinement opérationnelle. » Une équipe formée d’anesthésistes, d’infirmières et de professionnels paramédicaux jouant chacun un rôle essentiel. « Une défaillance d’un des éléments du système, si petite soit-elle, risque d’avoir de lourdes conséquences. »
Pour le Dr Pierre Voisine, chef de la Division de chirurgie cardiaque, cet engagement collectif est l’une des forces déterminantes de l’Institut de cardiologie.
« Ce qui m’a frappé à mon arrivée, c’est la fierté qu’ont les gens de travailler ici, souligne-t-il. Les patients ne le ressentent pas seulement dans la salle d’opération, mais tout au long de leur expérience. »
Le Dr Voisine estime que les interventions à effraction minimale et par cathéter, la robotique, l’imagerie et l’intelligence artificielle (IA) continueront d’influencer la chirurgie cardiaque.
L’IA peut aider les cliniciens à intégrer des données anatomiques, physiologiques et génétiques pour mieux comprendre chaque patient et faire de meilleurs choix de traitement. Il souligne en outre que le recours aux nouvelles technologies doit se faire en fonction de leur coût, de leur complexité et des résultats à long terme.
L’avenir
En 50 ans, les outils et les techniques ont changé du tout au tout.
« La différence entre hier et aujourd’hui, c’est le jour et la nuit, estime le Dr Bédard. Mais ce qui perdure, c’est la camaraderie, le respect et la confiance qui ont donné naissance à l’Institut. »
« J’ai opéré dans de nombreux centres du monde, commente le Dr Ruel. Pour ce qui est de la dynamique d’équipe, on peut difficilement espérer mieux qu’à l’Institut de cardiologie d’Ottawa. »
Selon le Dr Voisine, le défi des 50 prochaines années sera de continuer à progresser en préservant ce qui définit l’Institut de cardiologie depuis le début.
« Une intervention à effraction minimale doit donner les mêmes résultats, précise-t-il. Il n’y a pas de compromis à faire sur la qualité. » La technologie évoluera, mais ce qui compte vraiment, ce sont les gens, leur fierté, leur collaboration et, surtout, leur dévouement envers les patients.
Car c’est cette fondation humaine, établie au fil des décennies, au cas par cas, qui fait toujours avancer la chirurgie cardiaque.
L’Institut de cardiologie d’Ottawa célèbre 50 ans de cœur en 2026. Passez voir notre page anniversaire!
Le Beat en un clic
Ce genre de contenu vous plaît?
Inscrivez-vous à notre liste de diffusion